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Défi N° 254

 

Jeanne est à la barre de la coque de noix des Croqueurs de Mots pour cette quinzaine.

Elle nous demande d’imaginer que nous sommes à la fin de septembre 2019, que l’année scolaire vient de commencer et de rêver à cette année.

Tu vois Jeanne, je crois qu’il faut que je rêve que je n’ai plus de problème avec le temps qui passe et que je suis capable de publier le lundi comme demandé. 

Je te demande de m’excuser pour ce grand retard.

 

Septembre 2019. Rentrée des classes. Entretien avec les CPE des collèges multisite d’Asfeld et de Château Porcien. Comme les années précédentes, nous sommes trois. Je suis la seule à toujours rouspéter car je ne trouve pas normal que des enfants qui arrivent en 6ème ne sachent pas lire. Comme tous les ans on me répond que ces enfants ont la chance de nous rencontrer sur leur chemin. Cela les fait toujours un peu sourire ma réaction car ils savent que j’aime venir aider du mieux que je peux ces enfants.

 En Septembre 2019 … comme ceux qui ont précédé, je rêve.

Je rêve à des enfants qui vont me suivre sur le chemin de la lecture. Qui vont prendre un grand plaisir à ouvrir un livre. Qui vont arriver un mardi en me disant j’ai lu ce livre, c’était incroyable, j’ai oublié le lieu où j’étais, les copains et les copines, la fratrie, les parents et même l’heure.

Bien sûr, je sais que je vais les voir arriver renfrognés, très indisciplinés.

Alors  oui, je rêve que je vais les amadouer.

Que je vais leur donner le plaisir d’écouter parce que je commence par cela et que je sais que s’ils mordent à l’hameçon, c’est au moins cela de gagné.

Qu’ils vont s’amuser à décrypter des virelangues, à rire des fautes de prononciation des autres mais aussi des leurs, qu’ils riront aussi des miennes lorsque j’en fais.

Je rêve que tout cela va arriver. 

Je rêve de voir, un jour de cette année, un visage épanoui. De sentir ce plaisir de la lecture.

Comme chaque année je rêve de leur apporter, de leur donner tout ce que je peux dans la joie et la bonne humeur.

Le monde ou mon monde ?

Notre capitaine, Jill Bill, pour le défi N°253, nous demande de refaire le monde sur le zinc en incluant ces 15 expressions en verlan, s’il vous plait!

Auch = chaud, Beubard = barbe, Cheum = moche, Gueudin = dingue, Joibour = bourgeois, Keum = mec, Laisse béton = laisse tomber, Meuf = femme, Nawak = n’importe quoi, Péta = taper, Résoi = soirée, Teillebout = bouteille, Veugra = grave, Yeuve = vieux,  Zeyo = oseille

Ce soir, coup de cafard, j’ai passé les monts et me retrouve au café.

– Patron, une teillebout !

– Une pour toi seul ?

– Et comment !

– Ben dis donc, ça doit pas aller fort, d’habitude, tu plaisantes, tu fais rire, tu remontes le moral de tout l’monde. Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? Les infos ? Le monde qui ne va pas ?

– Le monde qui ne va pas, tu parles depuis le temps qu’on en parle et que chez toi, justement on essaie de le refaire et que ça marche pas parce que les humains sont les humains, qu’ils jalousent les voisins, alors le monde, tu parles, normal, c’est pareil, ils sont tous à couteaux tirés. J’ai jeté les armes, je ne veux même plus en parler, ça m’fout le moral à zéro en temps normal, alors, en ce moment …

– Mais qu’y a-t-il de plus en ce moment ?

– La meuf qui nous gouverne cette quinzaine nous a lancé un défi complètement  gueudin. Elle a dit que joibour comme je suis, je s’rais pas capable de r’faire le monde chez toi.

– Ben c’est qu’elle te connait mal.

– Tu parles, surtout avec tout ce qu’il se passe en ce moment, c’est pas l’plus difficile. Laisse béton, c’est nawak.

– Toujours parler de ce sujet, c’est auch chez moi. Ca tire à hue et à dia et finalement, il faut que je m’interpose car il y a toujours risque de bagarre ici aussi. Tu dois être trop yeuve. Les keums dans ton genre parlent plutôt d’zeyo. Tu f’rais mieux de péta la belotte.

– Même pas envie. J’en ai peut-être de la zeyo mais en ce moment elle fond rapidement.

– Mais qu’est-ce que t’as à rabacher comme ça ?

– J’ai qu’au lieu de passer la résoi chez moi, j’suis dans mes pâtures et que ça me beubard et même bien plus, mes bêtes crèvent les unes après les autres, au moins une par jour, c’est vegra. Les vétos ont fait autopsie sur autopsie et ils sont sûrs de rien. Des bestioles, des vers, qui se promènent dans mes pâtures et tout ça la faute des inondations qu’ils disent.

– Ha, je comprends mieux ! C’est cheum. Allez tiens, je te l’offre la teillebout.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Défi N° 245 – Souvenirs souvenirs

 

Fanfan, capitaine de la coquille de noix pour la quinzaine nous demande une publication pour le lundi 8 février 2021

« Souvenirs, attention danger … » !

A partir d’une photo, ou d’un objet, d’une odeur, d’un lieu , racontez- nous en quelques lignes , un souvenir  bon, gai , ou triste, ou une anecdote de votre enfance, que cela a réveillé en vous .

 

Cette photo me ramène quelques soixante treize en arrière et me fait souvenir du bois de Vincennes et de la rigole en ciment qui drainait la pluie vers le ruisseau.

C’était à qui descendrait jusqu’au ras de l’eau assis dans la rigole.

J’avoue, sans fausse honte, que j’aimais beaucoup me lancer ce défi : ne pas me mouiller les pieds. Il fallait simplement freiner au bon moment avec le côté des pieds.

Aïe les chaussures !

Bien sûr que maman n’aimait pas trop. Les chaussure devaient être un gros trou dans le budget surtout si mon pied n’avait pas grandi et que donc, les chaussures n’avaient pas besoin d’être renouvelées. 

Ca ronchonnait beaucoup et pourtant … je profitais d’un instant d’inattention et hop … vite assise dans la rigole et je descends ! Parfois les pieds se mouillaient. Là, je ne pouvais pas nier.

La punition, si toutefois on peut la nommer ainsi : Un soir, je chahutais avec mon père. Je me suis retrouvée à quatre pattes. Papa m’a attrapée par le fond de ma culotte qui a lâché arrivée à la hauteur des épaules de papa et … plaf, je me suis écrasée à plat ventre sur le parquet.

Qu’est-ce que maman a crié. Après papa car j’aurais pu me faire très mal et après moi car c’était à cause de mes descentes dans la rigole que mon fond de culotte avait lâché.

Sur le pas de la porte

Je suis très en retard mais je tenais à participer à ce dernier défi des Croqueurs tenu par Asfree, à la demande de notre Amiral Dômi. Elle nous demandait de placer une personne sur le pas de sa porte.

 

C’était une belle fin d’après-midi. Il avait fait chaud.

La jeune femme s’était assise, là, sur le banc près du pas de la porte. Elle les a vus arriver. Ils venaient chacun d’un bout des chemins.

Elle partait à la décharge avec, dans sa brouette, des déchets verts de son jardin.

Lui revenait des champs, sa brouette pleine de foin.

Ils se sont arrêtés au croisement, se sont salués et ont entamé une discussion.

Les voix étaient calmes et même rieuses. Ils échangeaient sur le temps, les moissons à venir, le jardin.

Et soudain, venant du haut du village, ELLE est arrivée, fulminant, hurlant, vociférant !

Elle criait à tous vents qu’elle ne voulait plus la voir « elle » dans les pattes de son mari.

On a dû l’entendre dans tout le village.

Elle a intimé l’ordre à son mari de rentrer. Il a pris le temps de dire au revoir à celle avec qui il parlait.

Tranquillement, il a soulevé sa brouette de foin.

Elle a repris le chemin de la décharge.

La jeune femme a pensé, avec un brin d’amusement à une scène de jalousie.

Les trois têtes blanches ont disparu de son champ de vision.

 

 

Saint Valentin

 

Dômi, nous avait demandé une lettre pour la Saint Valentin, avec des mots imposés. J’ai encore dû oublier d’envoyer.

clin d’œil, chaussette, sucette, réfléchir, velours, mèche de cheveux, bonbons, gratitude.

Souviens-toi de mon premier clin d’œil. C’était la première fois que nous nous rencontrions. Tu avais mis une chaussette rouge et une chaussette jaune ! On peut dire que les chaussettes étaient assorties, à quoi, je n’ai jamais pu le découvrir. Cela nous a permis de faire connaissance

Rappelle-toi de cette première sucette que tu m’as fait découvrir. Je n’étais pas spécialement nonne, mais … comme j’avais été surprise !

Tu as toujours, ou presque, été en retard. En ai-je passé du temps à t’attendre (c’est moi, parait-il qui te fais attendre maintenant). Ca m’a donné le temps de réfléchir. Réfléchir … tu parles ! On ne réfléchit pas quand on aime. On se laisse avoir par surprise, pour le plaisir.

Tu jouais sur du velours. Il y avait longtemps déjà que tu savais que je serais à toi.

Toi et ta mèche de cheveux que je faisais exprès de mettre en bataille. Bien sûr que je le savais que tu n’aimais pas cela, mais je crois bien que j’en aurais ronronné de plaisir.

Tu as été un amoureux, un mari, un amant ardent. Normal, je t’ai aussi attendu près d’un brasero pour me réchauffer, mais lorsque je me suis retrouvée dans tes bras, je peux te dire que je n’avais plus froid.

C’est vrai que les années ont passé, que notre amour dure toujours malgré la vie qui nous a marqués. Tu as été là, patient, attentif. La gratitude s’est mêlée à mon amour.

M’offriras-tu des bonbons cette année ? Car, comme le disait le grand Jacques Brel, les fleurs, c’est périssable.