Ce matin, j’ai fini par écrire un peu.

 

Ce matin, j’ouvre l’ordinateur et je vois un commentaire de Martine qui me fait sursauter. Hé oui, sur un article de juin 2018.

Cela m’a fait encore plus prendre conscience du fait que mes écrits sont de plus en plus espacés.

Je ne sais même plus écrire sur un défi ou sur une image.

J’oublie le temps qui passe, le jour a disparu sans que je m’en rende compte et je dis que je n’ai rien fait, ce qui fait sauter le mari.

La faute au temps, la faute à moi ?

En y pensant, là, maintenant, je m’aperçois que mes yeux sont tournés vers la plate-bande devant la maison. Ce sont certainement les trois pieds de « soleil » qui se balancent dans le vent qui m’ont attirée.

Alors comment voulez-vous que le temps ne passe pas vite ?

Il faut dire que ce matin le ciel est bien gris. Mais c’est normal, l’automne s’est installé. Les arbres changent la couleur de leurs vêtements. Le vert commence à faire place au jaune normal, au brun, au roux et même rouge pour les cerisiers. Jaune normal car cet été, les têtes jaunissaient et flétrissaient. Avec la pluie et la baisse de la température, ils ont repris un port altier.

Maintenant, la pluie fait souvent son apparition et c’est une bonne chose pour la terre.

Dommage, pour les pâtures c’est un peu tard. Même si elles ont bien reverdi, l’herbe ne poussera plus beaucoup, la chaleur a disparu.

Mon jeune voisin a déjà rentré quelques bêtes et ce ne sont pas des futures mères ou des malades. Non, c’est juste la nécessité d’épargner les sols.

Il y a déjà un moment que tous portent la nourriture en pâture.

Dire que normalement elles ne rentrent que fin novembre et parfois même en décembre quitte à porter quand même de la nourriture. Elles savent très bien appeler quand elles pensent que le moment est venu pour elles de rentrer.

 

Ça y est, ma rentrée est faite.

 

pour donner l’envie de lire aux enfants

 

Deux jours après la rentrée des classes, j’étais contactée pour un rendez-vous avec le CPE du collège à quelques kilomètres de chez moi.

Nous nous sommes rencontrés jeudi dernier et mardi j’ai fait connaissance avec trois jeunes filles de sixième. Un garçon était prévu mais … je ne l’ai pas vu. Peut-être sera-t-il là la semaine prochaine.

Elles savent, maintenant, ce que sont des virelangues. Il ne me restera plus qu’à en préparer au fur et à mesure de mon écoute afin de leur permettre une bonne prononciation. Elles ont appris que c’est souvent difficile mais très amusant.

Elles verront aussi que cela fait travailler la mémoire. J’ose dire cela moi qui n’en ai plus !

Nous avons beaucoup échangé et peu lu.

Toutes trois sont capables de lire mais la compréhension … c’est un peu plus difficile.

Il va falloir qu’elles intègrent la ponctuation. L’année dernière, je me suis rendu compte combien c’est difficile, donc cette année ce sera fait aussitôt et dans la bonne humeur.

Je sais que ce n’est pas tellement le fonctionnement de Lire et Faire Lire mais je les fais lire à haute voix. Je veux qu’elles s’entendent lire.

D’ailleurs, tout de suite, cette année, une, en m’entendant dire non à la fin d’une phrase, est revenue en arrière. En relisant, elle a lu le bon mot et m’a dit que si elle avait lu normalement, elle n’y aurait pas fait attention.

Cela ne m’empêche pas de lire aussi et même de conter.

Allez, je sens que je vais, encore, passer une bonne année. Elles aussi, j’espère !

 

 

 

 

 

Bosco

 

 

Pour entrer dans la cour de récré, il faut se nommer Bosco, c’est la maîtresse madame Jill Bill, qui l’a dit.

 

Ohé du bateau

Où est passé Bosco

On vient de le voir passer sur un radeau

Qui

Ben le bosco

Mais non

Je cherche Bosco

Bosco 

Quel Bosco

Notre bosco

Qu’est-ce que c’est que ça

Je n’y comprends rien

C’est pas une idée ça

Avoir le prénom de son métier

Comment s’y retrouver

En attendant

Faudrait peut-être bien

En trouver un

Un quoi

Ben un bosco

Pour faire quoi

Pour faire travailler les matelots

Mais où sont passés les matelots

Encore partis tirer une bordée

C’est pas comme ça qu’ils vont travailler

C’est forcé

Quand on n’a pas de bosco

un conte comme un autre, et pourtant …

 

L’année dernière, une des filles de ma prof de sophro se mariait.

Une fois la petite cérémonie terminée, j’ai pensé : dommage, j’aurais pu lui donner mon conte qui parle de l’adoption.

Lorsque j’en ai parlé, la semaine suivante, la prof m’a demandé de le lui écrire. Vous savez ce que je pense de mon écriture d’un de mes contes : un dur labeur pour moi parce que je sais que je vais trahir quelque peu mes paroles, n’ayant pas la voix et les gestes.

Je sais, on peut conter sans aucun geste. Je connais un conteur complètement statique et pourtant par sa voix… il emmène si loin avec lui qu’on l’oublie complètement, lui et sa salopette.

Cette année, pour notre réunion de fin d’année, je lui ai dit : si tu veux, ce soir je te fais un cadeau.

Elle a tout de suite compris et demandé un peu de calme autour de la table. Une du bout a dit : elle n’a pas de micro, on n’entendra pas.

Heureusement que ce n’est plus un problème, quoique … je n’avais pas pensé à la suite.

En avançant dans le conte, j’ai vu son visage et celui de son époux changer. J’ai vu leurs yeux changer. J’ai vu les yeux se charger de larmes et j’ai vu les mains essuyer les larmes.

Là, j’ai senti ma voix baisser. Mon émotion était très grande. Trop grande.

Je me suis promis de ne pas recommencer ce genre d’exercice, si toutefois c’est un exercice.

C’est un conte qui fait partie de mon répertoire depuis un grand moment et que je donne facilement.

Une fois, je l’ai donné, avec intention, puisque je savais que dans la salle il y avait des parents accompagnés de leurs deux enfants adoptés. J’avais vu la réaction d’un des garçons sans ressentir cette incroyable émotion que j’ai suscitée début juillet. Pourtant l’aîné était venu se placer tout contre sa mère en écoutant.

Il m’est arrivé aussi d’entendre : qu’est-ce que ça m’a fait du bien. J’ai été adoptée et je n’ai jamais pensé à tout ce que mes parents ont traversé pour cela. Et je peux vous dire que ce n’était pas une jeune femme.

 

 

ils sont sortis

 

Depuis, dimanche 21 juillet au matin, ils sont sortis de leurs hangars les monstres.

 

Je les entends ronronner derrière chez moi. Il y a aussi ce bambam de la batteuse incorporée. Ce bambam qui ressemble au battement du cœur.

Tous les jours de la moisson, la soufflerie est mise en action pour nettoyer toute la poussière dégagée par la coupe et le battage, et ce pendant toute la matinée. On ne se rend pas compte du temps passé à cette activité. Je le sais car de chaque côté de ma maison ou du jardin, j’ai un agriculteur.

A la fin des moissons, il y a encore un gros moment de nettoyage au karcher.

Comme me disait mon jeune voisin, un matin de la semaine dernière, il faut éviter l’échauffement.

Oui, cela peut être grave. Le fils de mon amie conteuse a eu le feu deux fois cette année.  La moissonneuse est plus fragile car vieille m’a-t-elle dit.

Les moissonneuses avalent à toute vitesse les blés d’une grande beauté visuelle cette année. Ils sont d’un blond pâle comme les cheveux de certains bébés qui, en devenant des enfants, prennent, souvent, une teinte plus foncée.

Fréquemment, la pluie vient les grisailler avant la moisson. Pas cette année.

Je ne sais pas si les épis sont moins gros que d’habitude, mais ils sont si beaux.

Un bonheur de se balader par des chemins qui vous montrent combien la terre peut nous donner.

 

Bizarrement, pour une fois, à quelques pas de chez moi, les terres se sont couvertes de blés. On ne voit que cette couleur, à perte de vue, coupée par le vert des bosquets. D’habitude, les terres sont panachées de maïs, de betteraves ou de luzerne.

Les remorques, chargées du grain doré, passent et repassent.

C’est le balai de chaque année au moment des moissons.

Celui des plateaux, sur lesquels sont installées les balles de paille, va succéder, avec ce bruit tellement identifiable pour nous lorsqu’ils passent sur les deux petits rebonds de la route au bout de notre petite rue qui se termine en chemin qui plonge dans les terres à cultures en passant par deux/trois clos arborés.

Ensuite, ce sera celui du maïs. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Je pense que beaucoup d’entre vous connaissent les moissons.

Moi j’engrange les bruits, les odeurs, les couleurs jusqu’à l’année prochaine.