un conte comme un autre, et pourtant …

 

L’année dernière, une des filles de ma prof de sophro se mariait.

Une fois la petite cérémonie terminée, j’ai pensé : dommage, j’aurais pu lui donner mon conte qui parle de l’adoption.

Lorsque j’en ai parlé, la semaine suivante, la prof m’a demandé de le lui écrire. Vous savez ce que je pense de mon écriture d’un de mes contes : un dur labeur pour moi parce que je sais que je vais trahir quelque peu mes paroles, n’ayant pas la voix et les gestes.

Je sais, on peut conter sans aucun geste. Je connais un conteur complètement statique et pourtant par sa voix… il emmène si loin avec lui qu’on l’oublie complètement, lui et sa salopette.

Cette année, pour notre réunion de fin d’année, je lui ai dit : si tu veux, ce soir je te fais un cadeau.

Elle a tout de suite compris et demandé un peu de calme autour de la table. Une du bout a dit : elle n’a pas de micro, on n’entendra pas.

Heureusement que ce n’est plus un problème, quoique … je n’avais pas pensé à la suite.

En avançant dans le conte, j’ai vu son visage et celui de son époux changer. J’ai vu leurs yeux changer. J’ai vu les yeux se charger de larmes et j’ai vu les mains essuyer les larmes.

Là, j’ai senti ma voix baisser. Mon émotion était très grande. Trop grande.

Je me suis promis de ne pas recommencer ce genre d’exercice, si toutefois c’est un exercice.

C’est un conte qui fait partie de mon répertoire depuis un grand moment et que je donne facilement.

Une fois, je l’ai donné, avec intention, puisque je savais que dans la salle il y avait des parents accompagnés de leurs deux enfants adoptés. J’avais vu la réaction d’un des garçons sans ressentir cette incroyable émotion que j’ai suscitée début juillet. Pourtant l’aîné était venu se placer tout contre sa mère en écoutant.

Il m’est arrivé aussi d’entendre : qu’est-ce que ça m’a fait du bien. J’ai été adoptée et je n’ai jamais pensé à tout ce que mes parents ont traversé pour cela. Et je peux vous dire que ce n’était pas une jeune femme.

 

 

ils sont sortis

 

Depuis, dimanche 21 juillet au matin, ils sont sortis de leurs hangars les monstres.

 

Je les entends ronronner derrière chez moi. Il y a aussi ce bambam de la batteuse incorporée. Ce bambam qui ressemble au battement du cœur.

Tous les jours de la moisson, la soufflerie est mise en action pour nettoyer toute la poussière dégagée par la coupe et le battage, et ce pendant toute la matinée. On ne se rend pas compte du temps passé à cette activité. Je le sais car de chaque côté de ma maison ou du jardin, j’ai un agriculteur.

A la fin des moissons, il y a encore un gros moment de nettoyage au karcher.

Comme me disait mon jeune voisin, un matin de la semaine dernière, il faut éviter l’échauffement.

Oui, cela peut être grave. Le fils de mon amie conteuse a eu le feu deux fois cette année.  La moissonneuse est plus fragile car vieille m’a-t-elle dit.

Les moissonneuses avalent à toute vitesse les blés d’une grande beauté visuelle cette année. Ils sont d’un blond pâle comme les cheveux de certains bébés qui, en devenant des enfants, prennent, souvent, une teinte plus foncée.

Fréquemment, la pluie vient les grisailler avant la moisson. Pas cette année.

Je ne sais pas si les épis sont moins gros que d’habitude, mais ils sont si beaux.

Un bonheur de se balader par des chemins qui vous montrent combien la terre peut nous donner.

 

Bizarrement, pour une fois, à quelques pas de chez moi, les terres se sont couvertes de blés. On ne voit que cette couleur, à perte de vue, coupée par le vert des bosquets. D’habitude, les terres sont panachées de maïs, de betteraves ou de luzerne.

Les remorques, chargées du grain doré, passent et repassent.

C’est le balai de chaque année au moment des moissons.

Celui des plateaux, sur lesquels sont installées les balles de paille, va succéder, avec ce bruit tellement identifiable pour nous lorsqu’ils passent sur les deux petits rebonds de la route au bout de notre petite rue qui se termine en chemin qui plonge dans les terres à cultures en passant par deux/trois clos arborés.

Ensuite, ce sera celui du maïs. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Je pense que beaucoup d’entre vous connaissent les moissons.

Moi j’engrange les bruits, les odeurs, les couleurs jusqu’à l’année prochaine.

 

 

Fin d’année au collège

 

Les CPE du collège multi sites où je vais pour Lire et Faire Lire ont créé une section  « action citoyenne ».

Les élèves qui le désirent en font partie et chacun dans son domaine va donner aux autres.

C’est un beau partage.

Cela peut être aider une copine/copain qui est malade, la/le soutenir moralement, œuvrer pour une association, musique, sport, poésie … tout a une place.

A la fin de l’année, ils sont honorés : petite réception et remise de diplômes. Je peux vous dire qu’enfants et parents en sont vraiment heureux.

J’ai eu le plaisir d’être invitée à cette petite cérémonie sans fioritures et en plus d’être honorée ainsi que mes deux complices dans le cadre de notre action bénévole.

Mine de rien, ce n’est pas grand chose mais cela fait plaisir de voir que ce que nous donnons est reconnu.

J’en ai profité pour demander aux familles qu’elles passent le message vers les amis, les grands pères ou grands mères : il y a un grand besoin de personnes qui veuillent bien s’investir un petit peu, une fois par semaine, au profit des enfants qui arrivent en 6ème sans vraiment savoir lire. Au grand désespoir des professeurs.

Cela semble tellement incroyable et ça dure depuis si longtemps !

 

 

Sur le pas de la porte

Je suis très en retard mais je tenais à participer à ce dernier défi des Croqueurs tenu par Asfree, à la demande de notre Amiral Dômi. Elle nous demandait de placer une personne sur le pas de sa porte.

 

C’était une belle fin d’après-midi. Il avait fait chaud.

La jeune femme s’était assise, là, sur le banc près du pas de la porte. Elle les a vus arriver. Ils venaient chacun d’un bout des chemins.

Elle partait à la décharge avec, dans sa brouette, des déchets verts de son jardin.

Lui revenait des champs, sa brouette pleine de foin.

Ils se sont arrêtés au croisement, se sont salués et ont entamé une discussion.

Les voix étaient calmes et même rieuses. Ils échangeaient sur le temps, les moissons à venir, le jardin.

Et soudain, venant du haut du village, ELLE est arrivée, fulminant, hurlant, vociférant !

Elle criait à tous vents qu’elle ne voulait plus la voir « elle » dans les pattes de son mari.

On a dû l’entendre dans tout le village.

Elle a intimé l’ordre à son mari de rentrer. Il a pris le temps de dire au revoir à celle avec qui il parlait.

Tranquillement, il a soulevé sa brouette de foin.

Elle a repris le chemin de la décharge.

La jeune femme a pensé, avec un brin d’amusement à une scène de jalousie.

Les trois têtes blanches ont disparu de son champ de vision.

 

 

Les fils électriques

Je viens de chez Passion qui disait qu’elle avait préparé le repas avant de partir car les fils électriques n’étant toujours pas enterrés, il risquait d’y avoir une coupure de courant à cause du vent.

Cela m’a rappelé le temps où, ici aussi, il suffisait d’avoir du vent un peu fort et … plus de courant. De ce fait nous avions un stock de bougies (j’en ai d’ailleurs encore !).  Dans le village l’électricité avait été refaite (toujours sans fils enterrés), mais pas dans notre rue.  Nous n’avons jamais su pourquoi. Normal ? Peut-être car notre maison est la seule de la rue, avec, maintenant, le numéro 1 à la porte. 

Nos enfants ont grandi, ils avaient l’habitude du recours à la bougie et au manque de télévision.

Notre fils aîné vivait en couple et venait pratiquement chaque fin de semaine à la maison. Depuis un moment, ils avaient pris l’habitude de repartir le dimanche soir après le dîner, car la route passait par un village en longueur avec un feu. La circulation devenant de plus en plus dense, ils trouvaient le temps bien long pour parcourir les cinquante kilomètres.

C’était l’été. Ce dimanche soir là, la nuit était tombée. Nous discutions tranquillement. Mon fils a appuyé sur l’interrupteur des appliques de la cuisine et plouf … plus de courant dans la maison, tout avait sauté.

Pas de vent donc un petit problème à régler. A cette époque, j’avais l’habitude de régler les problèmes domestiques seule. Je vais au disjoncteur … rien. J’appelle le fils qui contrôle … rien. Je vais chercher mon père qui habitait à quelques maisons de nous, il contrôle aussi … rien. Constatation de nous trois : cela ne vient pas de la maison.

Donc, coup de fil à EDF. L’homme d’astreinte arrive environ une demi heure après pour constater, lui aussi, que cela provient de notre ligne.

Il fallait le camion nacelle. Donc attendre le lendemain. Le lendemain, notre ligne a été changée, mais pas enterrée !

N’empêche, depuis, les coupures d’électricité n’arrivent qu’en cas de violent orage.

Si quelqu’un a besoin de bougies …