Merci

                       

 

 

 

                                                                               

 

 

 

 

Vos commentaires m’ont été droit au coeur.

Certains d’entre vous le savent, je suis plus dans l’oralité que dans l’écrit.

Je voudrais vous faire comprendre comment cette histoire de vie  « La Porte du Jardin » est née.

Il a fallu du temps et un jeudi soir, je suis arrivée en atelier conte avec une grosse ébauche dans ma tête.

Au fur et à mesure que je racontais, je voyais les yeux de notre maître de stage d’alors devenir très foncés alors qu’elle les a si clairs, ses yeux bleus. Je me demandais quelle catastrophe je faisais renaître (je l’ai su, plus tard. On a tous quelque chose qui nous rapproche tant).

Lorsque j’ai eu terminé, elle m’a juste demandé ce que je voulais en faire.

A cette époque, je n’avais qu’une idée en tête : la donner.

Elle a demandé pourquoi. La réponse a fusé très rapidement. Je désirais que les mères qui se trouvaient dans cette douleur puissent y trouver un écho et peut-être aussi un apaisement.

Alors m’a-t-elle dit, il va falloir travailler pour que ce ne soit plus seulement ton histoire et tu sais ce que cela veut dire.

Oui, je pensais le savoir, et oui, je savais que j’allais souffrir encore un peu plus.  Mais je ne pensais pas que ce serait autant. J’ai dû supprimer  tellement de mes ressentis  que j’avais l’impression de me dépouiller un peu plus à chaque fois pour arriver au résultat que vous avez lu.

Mais, il m’était impossible de la donner en public cette histoire de vie. Je trouvais toujours un prétexte.

Il a fallu un nouveau coup du sort subit par une toute jeune amie pour qu’elle sorte en quelques jours.

J’avais prévenu l’organisateur que c’était une histoire de vie et qu’elle n’était pas spécialement gaie mais que je la pensais pleine d’espoir  quand même.

A la fin, je tremblais comme une feuille mais j’avais gagné, je me demande en quoi, même encore maintenant.

J’avais réussi à ne pas pleurer. Un conteur doit faire ressentir ses émotions sans les montrer. Cette phrase, je la connais par coeur depuis que j’ai franchi la porte du conte.

L’organisateur m’a foncé droit dessus et m’a étourdie de questions : As-tu senti la salle ? As-tu senti ce silence incroyable ? As-tu senti cette attention ? As-tu … Je ne sais plus combien il y a eu de questions mais pendant que je l’écoutais je me suis demandée quelle catastrophe j’avais déclenchée lorsqu’il a terminé en disant : tu te rends compte de ce que tu as fait, de ce que tu as donné ?

A ce moment là, j’étais une serpillère, j’avais l’impression que j’allais tomber. Je n’avais plus qu’une hâte, rentrer chez moi, me serrer dans des bras accueillants et boire un Unicum (une boisson avec une croix rouge qui vient de Hongrie).

Croyez-vous qu’il a trouvé le moyen d’ajouter : nous allons dîner tous ensemble, tu viens avec nous ?

La douleur de mon amie m’avait portée. Je pensais à ses deux petits garçons qu’elle allait devoir mener à leur vie d’homme, elle aussi, comme ma belle-fille.

Je crois que jamais plus je ne donnerai cette Porte du Jardin en oralité. Je ne me sens plus du tout capable de le faire.

Pourtant les années se sont ajoutées aux années. Pourtant, j’ai acquis un peu plus de sérénité. Pourtant, un jour, j’ai pu VOIR un ciel dans toute sa beauté. Pourtant je me suis mise à penser qu’il serait bon de voir mes petits enfants devenir des hommes eux aussi.

Mais cette année, il a fallu que ce mois de juillet  me pousse à publier, sans rien changer, cette histoire de vie.

 

13 réflexions au sujet de « Merci »

  1. Bonjour pimprenelle, plus de news mais je suis là… Si je comprends bien tu as perdu un fils et tes petits-enfants grandissent sans leur père… c’est affreux comme expérience de vie pour ceux qui restent… Je suis désolée pour vous… même si la vie continue comme on dit… Je t’embrasse, jill

  2. J’avais donc bien lu entre tes lignes et je t’admire d’avoir pu l’exprimer!!!
    Plus j’avance en âge et plus j’ai peur !!! Actuellement j’ai un fils qui veut devenir policier, non pas par vocation mais parce que c’est bien payé comme il dit. Et moi je ne veux pas en entendre parler. Mon entourage me trouve stupide de réagir ainsi mais c’est plus fort que moi.
    Sur l’annuaire il y a le blog d’un conteur, c’est TMOR, tu devrais aller le voir car il est remarquable. Aujourd’hui j’ai inscrit son nouveau site, va voir il nous apprend beaucoup sur son art!!!
    Tu as raison de puiser maintenant ton essence de vie à travers tes petits enfants.
    Je t’embrasse ma Pimprenelle et suis très heureuse d’avoir croisé ton chemin, tu m’apportes énormément 😉
    Domi.

    • Que te dire. Que l’une n’est pas l’autre. Je n’ai jamais eu vraiment peur pour mon aîné, sauf bien sûr si je ne voyais pas rentrer à une heure normale, mais cela c’est le lot de tous les parents. Pour mon numéro deux, si. Je crois que je te ferai un petit mot, ce sera mieux que le blog.
      Pour ton fils, je te comprends, mais … On en parlera si tu veux bien.
      Tmor, je suis déjà allée le voir, mais tu sais que j’ai beaucoup de mal avec les visites, les commentaires et mon peu d’articles. Alors je me limite beaucoup, sinon, plus d’autres choses pour moi et mon jardin a été là lorsque j’avais vraiment besoin de lui.
      Si je peux t’apporter un tout petit peu, c’est beaucoup pour moi.
      Bonne nuit Domi.

  3. J’étais déjà venue chez toi Pimprenelle. Il va falloir que je fasse une liste d’amis pour les retrouver facilement. Je vois que tu n’as pas bcp de temps à consacrer au blog, pas grave, être présente auprès des siens est la priorité et tu n’es pas obligée de me répondre :).
    « La porte du jardin » est une histoire qui reste dans les esprits… elle est pleine de vie et d’amour contenu… elle est comme un poème qui souffle son esprit quand il est dense de tout un vécu. Erin

    • J’en suis au même point que toi. J’ai commencé la liste, mais elle est en panne. Il faut que je m’y remette, donc que je bloque du temps.
      Tu te rends compte que je publie peu et pourtant j’en ai des articles qui trottent dans ma tête et que je finis par oublier. Mais il y en a que j’ai mis en brouillon, il y a longtemps et que je n’ai pas publié parce que je n’osais pas. Je verrai cela.
      Merci pour ta réponse pleine de sensibilité.

  4. Bonjour Pimprenelle,
    J’avais déjà lu La Porte du Jardin, mais je viens de la relire à la lumière de ce billet. Il t’a fallu un courage extraordinaire pour l’oraliser ; personnellement, je crois que je n’aurais pas pu. J’ai l’habitude de dire de temps en temps des textes en public, mais dans ce cas, j’aurais fondu en larmes. Le partage que tu nous offres en publiant ce texte est un cadeau précieux qui porte en lui une force de vie contagieuse et salutaire. Chacun le lit avec son propre ressenti. Je pense à une amie qui n’est plus et pour qui je laisse également ouverte la porte de mon jardin… Merci.
    Amicales bises
    Alain

    • lors, si ma publication a pu apporter à certains, c’est un bonheur pour moi. Le partage est quelque chose de tellement important.
      Je m’aperçois qu’il fait toujours réfléchir sur son propre vécu.
      L’oraliser, cette Porte du Jardin, était pour moi, à ce moment précis, une obligation. Si l’organisateur m’avait dit non, je ne sais pas si j’aurais raconté ce soir là.
      Laissons cette Porte ouverte pour tous ceux que l’on aime. Et tu vois je ne dis même pas que l’on a aimé.
      Bises

  5. Alors je laisse ouverte ta porte et je pense que tout est dit et j’avais bien compris…

    Je suis heureuse de t’avoir connu grâce à APLN, car avant je n’avais jamais croisé tes pas, tes mots, j’en suis heureuse car tu es une grande âme. Et je suis fière de te connaître même si c’est virtuellement.

    Je t’embrasse

    Eva

    • Non, pas une grande âme. Je suis quelqu’un qui a vécu, qui ne savait même pas ce que c’était que d’avoir mal vraiment. Mon papa était parti depuis plusieurs abbées mais il était malade et même si c’était mon papa, même si j’avais des relations formidables avec lui d’amour et de confiance dans les deux sens, c’est encore autre chose. Tu te sens prendre la relève, un peu, mais tu n’as pas l’impression de destruction.
      Tu as pu te rendre compte que je suis, maintenant, capable de délirer comme avant avec mes garçons. Ca je le dois au blog, je pense. Et du coup, mes petits enfants le ressentent.
      C’est vrai que le blog réserve des surprises. Sais-tu combien tu m’as aidée ?
      Amitiés

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