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Adoption

 Passion nous demande d’offrir des mots pour Noël; Je vous offre ceux-là.

 

 Trois ans. Déjà trois années qu’ils se sont dit : nous n’en aurons plus. Ils parlaient de chien.

Le dernier avait le cœur malade et, arrivé au bout de sa vie, il avait fallu faire le nécessaire pour lui éviter l’embolie pulmonaire et la grande souffrance.

Mais, au bout de ses trois années, ils ont commencé à se donner des raisons qui n’en étaient pas (genre : pour  la promenade, c’est quand même mieux, alors qu’ils pestaient l’un comme l’autre de ne pouvoir détacher ce chien sous peine de ne pas le revoir, avant … longtemps). L’entourage souriait dans sa barbe.

Et ils en ont parlé de plus en plus. Lui prévenait : plus jamais de chien de chasse.

Un jour de juillet, ils ont décidé d’aller faire un tour à l’ASAPA. Comme cela, juste pour voir. Leurs chiens d’avant étaient tous des abandonnés, alors pourquoi ne pas y aller.

Il ont discuté avec l’homme qui s’occupait  du chenil. Ils ont fait connaissance avec un vieux berger allemand sans crocs, son maître un jour où il était trop parti pour se rendre compte de ce qu’il faisait ou simplement par méchanceté, les lui avait arrachés. Comment avait-il pu réussir ce tour de force sur un animal  pareil, grand mystère, soit il l’avait endormi, soit il l’avait assommé. Toujours est-il qu’il était prévu finir ses jours au chenil (le berger allemand, pas le maître. Peut-être que cela ne lui aurait pas fait de mal !).

Et ils ont commencé à faire le tour. Monsieur  expliquait qu’il préférerait  un jeune qui n’avait jamais mordu car il pensait qu’un jour, un petit enfant serait là dans les pattes du chien, que non ils n’étaient pas pressés, que c’était juste des renseignements, qu’ils étaient venus pour voir.

C’était sans compter sur un chien, un adorable épagneul breton de grande taille, avec une grande queue. Elle s’était approchée un peu trop près du grillage, il s’était dressé, avait passé son museau sorti la langue et essayait de mordiller, de lécher.

Monsieur disait, non, pas de chien de chasse.

Alors ils sont passés. L’épagneul a fait le gros malheureux. Il s’est couché, il a pleuré, il a fait des yeux pas possibles. Mais non, Monsieur avait dit non.

Et il y a eu un autre chien qui a attiré le regard de Monsieur. Lui aussi ne demandait qu’à sortir de l’enclos. Cela allait lui arriver, c’était sûr, surtout que Madame était d’accord. Mais l’homme du chenil a dit que celui-là avait mordu son maître un jour de bagarre entre homme et chien.

Ils sont repassés devant l’épagneul qui s’est dit : ça y est, c’est bon. Mais non, ils sont partis … jusqu’à la sortie, en discutant. N’importe comment disait Monsieur ce n’était pas pour maintenant. Madame répondait : d’accord mais l’épagneul avait l’air si doux et si affectueux.

Et voilà, ils ont tourné les talons, sont rentrés, ont signé des papiers. L’homme du chenil leur a confié le chien, alors qu’il n’était pas encore tatoué, sous condition que le vétérinaire les voit arriver rapidement.

 

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Le chien n’a pas fait de difficultés pour monter en voiture. Arrivé devant la maison, il n’a pas osé entrer. Doucement, il est passé au garage, puis, encore doucement, il a bien voulu faire ses premiers pas dans la cuisine.

Il a été tatoué. Il a eu un nom Garfield. Rapidement, les enfants lui ont expliqué que, décidément, les adultes de cette maison étaient un peu farfelus pour lui donner le nom d’un chat.

 Ce chien observait, écoutait les conversations. Jamais il n’y a eu à élever la voix. Il était incroyable.

Il leur a permis de voir de tout près des animaux sauvages, à presque les toucher (une trentaine de centimètres).  Son plus grand plaisir aurait certainement été de partir à la chasse, mais pas de chasseur dans la famille.

Un petit enfant est né. Il s’est fait rouler par terre par le chien.

 Il a partagé d’une manière extraordinaire leur vie. Du plus grand bonheur au plus grand malheur, il a été là. Il sentait, il devinait quand il devait venir faire la fête ou consoler.

Incroyable chien. La photo a été prise peu de temps avant son saut de l’autre côté de  la vie.

Garfield a été un vrai cadeau de la vie.

Merci

                       

 

 

 

                                                                               

 

 

 

 

Vos commentaires m’ont été droit au coeur.

Certains d’entre vous le savent, je suis plus dans l’oralité que dans l’écrit.

Je voudrais vous faire comprendre comment cette histoire de vie  “La Porte du Jardin” est née.

Il a fallu du temps et un jeudi soir, je suis arrivée en atelier conte avec une grosse ébauche dans ma tête.

Au fur et à mesure que je racontais, je voyais les yeux de notre maître de stage d’alors devenir très foncés alors qu’elle les a si clairs, ses yeux bleus. Je me demandais quelle catastrophe je faisais renaître (je l’ai su, plus tard. On a tous quelque chose qui nous rapproche tant).

Lorsque j’ai eu terminé, elle m’a juste demandé ce que je voulais en faire.

A cette époque, je n’avais qu’une idée en tête : la donner.

Elle a demandé pourquoi. La réponse a fusé très rapidement. Je désirais que les mères qui se trouvaient dans cette douleur puissent y trouver un écho et peut-être aussi un apaisement.

Alors m’a-t-elle dit, il va falloir travailler pour que ce ne soit plus seulement ton histoire et tu sais ce que cela veut dire.

Oui, je pensais le savoir, et oui, je savais que j’allais souffrir encore un peu plus.  Mais je ne pensais pas que ce serait autant. J’ai dû supprimer  tellement de mes ressentis  que j’avais l’impression de me dépouiller un peu plus à chaque fois pour arriver au résultat que vous avez lu.

Mais, il m’était impossible de la donner en public cette histoire de vie. Je trouvais toujours un prétexte.

Il a fallu un nouveau coup du sort subit par une toute jeune amie pour qu’elle sorte en quelques jours.

J’avais prévenu l’organisateur que c’était une histoire de vie et qu’elle n’était pas spécialement gaie mais que je la pensais pleine d’espoir  quand même.

A la fin, je tremblais comme une feuille mais j’avais gagné, je me demande en quoi, même encore maintenant.

J’avais réussi à ne pas pleurer. Un conteur doit faire ressentir ses émotions sans les montrer. Cette phrase, je la connais par coeur depuis que j’ai franchi la porte du conte.

L’organisateur m’a foncé droit dessus et m’a étourdie de questions : As-tu senti la salle ? As-tu senti ce silence incroyable ? As-tu senti cette attention ? As-tu … Je ne sais plus combien il y a eu de questions mais pendant que je l’écoutais je me suis demandée quelle catastrophe j’avais déclenchée lorsqu’il a terminé en disant : tu te rends compte de ce que tu as fait, de ce que tu as donné ?

A ce moment là, j’étais une serpillère, j’avais l’impression que j’allais tomber. Je n’avais plus qu’une hâte, rentrer chez moi, me serrer dans des bras accueillants et boire un Unicum (une boisson avec une croix rouge qui vient de Hongrie).

Croyez-vous qu’il a trouvé le moyen d’ajouter : nous allons dîner tous ensemble, tu viens avec nous ?

La douleur de mon amie m’avait portée. Je pensais à ses deux petits garçons qu’elle allait devoir mener à leur vie d’homme, elle aussi, comme ma belle-fille.

Je crois que jamais plus je ne donnerai cette Porte du Jardin en oralité. Je ne me sens plus du tout capable de le faire.

Pourtant les années se sont ajoutées aux années. Pourtant, j’ai acquis un peu plus de sérénité. Pourtant, un jour, j’ai pu VOIR un ciel dans toute sa beauté. Pourtant je me suis mise à penser qu’il serait bon de voir mes petits enfants devenir des hommes eux aussi.

Mais cette année, il a fallu que ce mois de juillet  me pousse à publier, sans rien changer, cette histoire de vie.