Archive | décembre 2020

La rentrée 2020

pour donner l’envie de lire aux enfants

 

Comme certaines d’entre vous le savent, tous les ans, je vais au collège pour des 6ème en difficulté avec la lecture.

Cette année la rentrée était différée. Jusqu’à présent je rencontrais le CPE adjoint qui a été muté, notre collège étant un multisite,  pour devenir CPE principal.

Le rendez-vous avec la CPE le remplaçant a été tardif.

Ma rentrée s’est effectuée le 10 novembre.

A 12h40, comme c’était prévu, il n’y avait pas d’élèves pour moi. Ils sont arrivés à 13h comme les années précédentes puisqu’ils étaient à la cantine.

J’ai donc fait connaissance de cinq élèves alors que six étaient prévus. Je sais bien que tous les ans, le démarrage est un peu difficile, mais là alors !… Je ne m’attendais pas à cela.

Je leur avais préparé des virelangues, comme tous les ans. Là, je me suis vite rendu compte du manque de vocabulaire pour certains. Chacun avait son petit papier, covid oblige, pour lire.

« Le ver vers le verre en verre vert ». Lu, décortiqué, dit avec des gestes de ma part, pour certains, rien à faire. Une a expliqué ce qu’est un ver de terre. Et nous vivons à la campagne !

Mise au point avec la CPE. Nous repartons sur de bonnes bases. Enfin, c’est ce que je pensais.

La semaine suivante, il n’y avait qu’une élève. Elle est très timide et j’ai pu expliquer certaines choses. Elle a fini par oser me parler.

Je viens, je viens pas. Vous connaissez ?

Cette semaine il a fallu mettre des règles de conduite, il en manquait encore un. J’espère que tout va rentrer dans l’ordre. Je n’avais pas encore connu cela. C’est une première.

Le seul garçon qui était là m’a dit être un hyperactif obligé de prendre des médicaments le matin avant de venir au collège et le soir pour dormir. Donc, c’est normal qu’il se lève, qu’il veuille aller aux toilettes et autre. Mais, il y a un petit mais, j’ai lu un conte, et, si tout au début, je voyais les regards inattentifs, tous sont venus se poser sur moi, ne m’ont plus quittée. 

Bizarrement, l’hyperactif, n’a pas bougé, même pas un doigt.

On verra par la suite.

Une fille m’a demandé à quoi servait ce que nous faisions puisqu’elle lit. Elle lit, oui,  comme une petite machine, sans comprendre. Mais nous n’avons pas attaqué un texte.

L’hyperactif m’a dit qu’il n’a rien « senti » depuis la semaine précédente. J’ai simplement répondu  qu’il faudrait attendre un moment pour voir des progrès. Qu’eux ne se rendraient peut-être pas compte mais leur professeur si.

Espérons que je puisse les emmener un peu sur le chemin.

Si je vous disais, qu’il y a deux semaines, j’étais tellement fatiguée, lasse, que je n’avais plus du tout envie de retourner et puis, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison, qu’ils arriveraient bien à progresser un peu.

Qu’il y a trois ans j’avais bien entendu que la lecture ne servait à rien dans la vie et que j’ai continué.

 

Maintenant, on m’appelle Chipie (8)

 

Maintenant, il venait tous les jours. On se retrouvait, on se papouillait, on se coursait, on se roulait, quelquefois, la patte partait un peu fort mais ce n’était pas méchant.

Un jour, elle l’a appelé Lui et a dit : regarde les et écoute. Il ne comprenait pas, alors Elle a ajouté ils marounent. Ben ça alors, c’était quoi encore ce truc.

J’allais vite le savoir.

Le lendemain, hop la boîte de voyage, encore. Direction vétos, lequel j’allais voir ?

C’était Elle : non ce n’est pas possible, elle est trop jeune encore. Elle a ouvert ma gueule et s’est rendu compte que j’avais bien changé, qu’Ils avaient fait une petite erreur sur mon âge vu mon état lorsque nous leur avions amenée, que malgré tout elle était un peu en avance, que cela se pouvait, que je devenais une grande chatte et que …

Mais qu’est-ce qu’Elle racontait ?

Elle a appelé. Il est arrivé et j’ai entendu : vous l’amenez lundi matin à 8h et je ferai le nécessaire. Mais qu’est-ce qu’Il allait encore me faire.

Le lundi matin, j’ai encore eu droit à une piqure, là je commence à en avoir assez des piqures.

Après … plus rien. Il parait que j’ai été très sage.

Quand je me suis réveillée, j’étais dans ma boîte de voyage. Ils étaient là.

Le véto a bien précisé que je ne devais pas toucher aux fils.  Mais qu’est-ce qu’Il racontait encore. Y avait pas de fils dans ma boîte !

J’ai entendu parler de collerette. Allons bon, Il ne peut pas employer des mots que je connais !

Une fois à la maison, je me suis sentie bien réveillée mais aussi, ça tiraillait du côté de mon ventre et j’ai léché et j’ai tiré. Tiens ça devait être ça les fils.

Elle s’est précipitée en disant non, non, il ne faut pas.

Tu penses bien que j’ai recommencé.

C’est comme a que je me suis retrouvée avec la fameuse collerette. Ha non, je n’ai pas aimé du tout. J’ai foncé droit devant, je suis rentrée dans le mur, dans un meuble et Ils ont retiré cet objet de malheur.

J’avais compris. Il ne fallait pas toucher aux fils.

J’avoue que, de temps en temps, quand Ils ne me voyaient pas, je tirais discrètement sur un fil, pas trop quand même, ça faisait mal.

Je les ai entendus dire que maintenant, il n’y avait plus de risques, que je pouvais aller gambader dehors.

Enfin, j’ai retrouvé le jardin. Que c’était bon de courir avec mon frère !

Au début, j’ai dit qu’Il venait tous les jours, mais quand je dis tous les jours … il arrivait en principe l’après-midi.

Quel paresseux ! Je dis çà mais je ne dis rien !

Elle m’a expliqué qu’il devait chasser. Chasser, pour quoi faire. Il avait à manger comme moi au sous-sol.

Et même, maintenant, j’avais réussi à le décider de rentrer de quelques mètres dans la maison et il avait des croquettes comme moi.

Mais il ne voulait pas rester. Ca me rendait un peu triste, mais il avait décidé de sa vie comme il me disait.

Une nuit, en le suivant, j’ai appris moi aussi.

Le matin, j’ai déposé ma proie à Ses pieds. Elle a appelé et Il est arrivé.

J’ai eu droit à plein de compliments : que j’étais belle (çà je le savais déjà), que j’étais grande (ben oui, j’avais grandi et les vétos l’avait bien dit), que c’était bien, que j’avais bien travaillé.

Ah bon, c’était du travail ? C’est drôle, c’était comme lorsque je courrai après la petite boule de papier alu et ça c’était pas du travail, c’était de la rigolade.

Du coup, maintenant, « je vais à la chasse ». Il y a les nuits avec et les nuits sans.

Souvent, lorsque je rentre avec souris, musaraigne ou autre, c’est trop tôt pour eux alors j’ai trouvé un truc, je dépose ma proie sous les fenêtres de leur chambre que je connais bien, et je pousse mon cri !

Je miaule jusqu’à ce que les volets  s’ouvrent et qu’Ils commencent à me complimenter.

Après, je sais que la porte va s’ouvrir, que je rentrerai et que je l’accompagnerai, Lui qui porte les tasses de café du matin qu’ils vont déguster tous les deux au lit en écoutant la radio. Moi, du coup, j’en profite et hop, sur le lit et même, hop… je ne  vous dirai pas ce que je fais parce que je n’ai pas trop le droit, mais … je le fais quand même, il fait tellement bon dans le lit.

Il y a des jours et des nuits de pluie et là, je n’ai pas envie de sortir. J’en profite pour faire de grosses siestes.

Quand il pleut, j’ai froid, alors, je me couvre.

Le soir du 7 juillet, il faisait tellement bon.

Je suis sortie.