Archive | octobre 2020

Maintenant on m’appelle Chipie (5)

 

J’ai pris des forces. J’ai grandi.

Maintenant je faisais des bêtises.

Je ne savais pas moi que sauter dans le grand grand pot, grattouiller la terre, mâcher les plantes, les arracher, c’était des bêtises. Pas plus que me mettre sur le bras du canapé pour lacérer les très grandes feuilles qui pendaient devant mon nez en était aussi.

 

Elle rouspétait un peu mais aussitôt qu’elle me laissait, je recommençais.  C’était trop drôle parce qu’elle rouspétait et riait en même temps.

Les enfants venaient et je jouais avec eux. Je crois qu’ils ne comprenaient pas que j’étais encore petite et que je me fatiguais vite. Pourtant, Elle le leur disait.

Un jour, « les grands » comme elle dit, sont venus avec un quatre pattes, mais pas comme moi. Il était gros et ne miaulait pas. Ben, j’ai même pas eu vraiment peur.

J’ai fait un peu celle qui voulait se cacher car il approchait un peu trop de moi et puis j’ai craché et c’est lui qui a reculé ! A l’intérieur de moi, j’ai crié : Victoire !

Enfin de compte, c’est un gentil pépère qui m’a laissée tranquille tout le temps qu’ils ont été là.

 

Maintenant, si un insecte entrait dans la maison, je courrais, je sautais après lui jusqu’au moment où il se posait sur une vitre. Là, je m’élançais dans les rideaux et j’entendais : ha non ! Chipie, là tu exagères. Regarde ce que tu as fait. Ben quoi, j’avais sauté, c’est tout.

Quand le soleil faisait une apparition et que l’Autre venait derrière la fenêtre, j’aurais tellement aimé aller le retrouver. Je le faisais savoir à haute voix, mais rien à faire la porte restait fermée.

J’apprenais la vie avec Eux. Ce que j’avais le droit de faire, ce que je n’avais pas le droit de faire. J’étais caressée, complimentée. Ils disaient que je comprenais tout.

Tiens, encore une visite chez la vétérinaire. Comme d’habitude : auscultation et piqure, encore une. C’était le vaccin. Il parait qu’avant j’étais encore trop faible. En plus, un traitement contre les parasites, tu sais, tout ce qui gratte ou qui te fait mal au ventre.

J’ai entendu des compliments : que je devenais belle, et forte mais qu’il faudrait surveiller la moindre petite toux.

J’était en bonne santé.

Alors, Elle a demandé si j’avais le droit de sortir.

Aïe, je ne m’attendais pas à cela après les compliments.

Le non est tombé direct dans mes oreilles. Pour un peu, j’en aurais pleuré.

Il fallait attendre que le temps soit plus clément, un peu plus doux pour que je n’attrape pas froid. Ca, le froid je connais même à la maison alors …

En attendant, je faisais des essais de sortie mais il y en avait toujours un pour me voir.

Maintenant on m’appelle Chipie (4)

 

J’avais froid, si froid, pourtant j’étais toujours au coin du feu.

Un soir, j’ai remarqué qu’elle posait une assiette sur le poêle. C’était pour que ses petits gâteaux restent bien secs et tièdes.

Tièdes ? c’était juste ce qu’il me fallait. D’ailleurs je l’ai vue poser ses mains à côté de l’assiette. Si Elle ne se brûlait pas les mains, je ne me brûlerais pas les pattes. Donc, je pouvais essayer.

Cela n’a pas été facile mais, après quelques tests, j’ai pu sauter du bras du fauteuil sur le poêle et je ne me suis pas brulée les pattes. 

Qu’est-ce que j’étais bien.

Et non, non, je n’ai pas grignoté les gâteaux. Ca c’était lui lorsqu’il passait avant que je m’installe. Je l’avais vu faire !

Je me suis accrochée comme tout le monde disait.

Si bien que je me suis, encore, retrouvée entre les mains expertes et féminines que je connaissais.

Maintenant je savais ce qu’il allait se passer : encore une auscultation.

Ce que je ne savais pas c’est que j’aurais des médicaments à prendre. J’étais un peu rétive mais avec beaucoup de caresses de petits nez-nez et d’explications je les ai pris.

C’est le moment où je les ai entendus discuter : comment faire pour lui faire accepter une inhalation ?

Ils m’ont expliqué mais j’avoue que je n’ai rien compris.

Ils ont trouvé le truc. Retour dans ma boîte de voyage. Là je me suis dit : bizarre, d’habitude c’est pas à cette heure là, on va où cette fois ? Non, la boîte est restée dans la cuisine et moi dedans.

Devant mon nez, Elle a mis un petit bol et ça sentait drôlement bon. Il a mis une grande couverture sur la boîte et je suis restée bien sage. Au début, j’ai toussé un peu et puis ça s’est calmé. Qu’est-ce que je me sentais bien.

Les jours suivants, je savais. Après leur petit déjeuner, leur déjeuner et leur dîner, elle préparait le petit bol qui sentait si bon et j’ai pris l’habitude d’aller direct dans ma boîte.

Et je ne toussais plus !