Archive | août 2019

un conte comme un autre, et pourtant …

 

L’année dernière, une des filles de ma prof de sophro se mariait.

Une fois la petite cérémonie terminée, j’ai pensé : dommage, j’aurais pu lui donner mon conte qui parle de l’adoption.

Lorsque j’en ai parlé, la semaine suivante, la prof m’a demandé de le lui écrire. Vous savez ce que je pense de mon écriture d’un de mes contes : un dur labeur pour moi parce que je sais que je vais trahir quelque peu mes paroles, n’ayant pas la voix et les gestes.

Je sais, on peut conter sans aucun geste. Je connais un conteur complètement statique et pourtant par sa voix… il emmène si loin avec lui qu’on l’oublie complètement, lui et sa salopette.

Cette année, pour notre réunion de fin d’année, je lui ai dit : si tu veux, ce soir je te fais un cadeau.

Elle a tout de suite compris et demandé un peu de calme autour de la table. Une du bout a dit : elle n’a pas de micro, on n’entendra pas.

Heureusement que ce n’est plus un problème, quoique … je n’avais pas pensé à la suite.

En avançant dans le conte, j’ai vu son visage et celui de son époux changer. J’ai vu leurs yeux changer. J’ai vu les yeux se charger de larmes et j’ai vu les mains essuyer les larmes.

Là, j’ai senti ma voix baisser. Mon émotion était très grande. Trop grande.

Je me suis promis de ne pas recommencer ce genre d’exercice, si toutefois c’est un exercice.

C’est un conte qui fait partie de mon répertoire depuis un grand moment et que je donne facilement.

Une fois, je l’ai donné, avec intention, puisque je savais que dans la salle il y avait des parents accompagnés de leurs deux enfants adoptés. J’avais vu la réaction d’un des garçons sans ressentir cette incroyable émotion que j’ai suscitée début juillet. Pourtant l’aîné était venu se placer tout contre sa mère en écoutant.

Il m’est arrivé aussi d’entendre : qu’est-ce que ça m’a fait du bien. J’ai été adoptée et je n’ai jamais pensé à tout ce que mes parents ont traversé pour cela. Et je peux vous dire que ce n’était pas une jeune femme.