Archive | août 2013

Pouce !

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous me connaissez un peu. J’ai complètement oublié de dire que pendant un certain temps (je ne sais pas combien), le temps me serait encore plus compté que d’habitude.

Nous allons et venons entre chez nous et notre numéro deux.

Le soir, nous ne rentrons pas avec des horaires de travail et lorsque j’arrive à la maison, je n’ai pas du tout la pêche pour me mettre à vous lire. Je suis crevée. Mais qu’est-ce que ça fait du bien.

Maintenant nous attendons  les plus grands. Ils viennent juste pour une visite en rentrant de vacances.

Dire qu’il faut que j’aille au lait tout à l’heure. Je me demande comment je vais arriver à caser ce moment, même en le faisant le plus petit possible.

Mademoiselle Nini en profite pour prendre encore plus de liberté que d’habitude. Elle aussi va et vient !

 

 

un métier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’était un tout petit bonhomme de trois ans environ.

Lorsqu’il était « à bord », rien à faire pour l’emmener promener.

C’était toujours  des discussions qui n’en finissaient pas pour arriver à sortir.

Il ne jouait même pas, il n’avait pas le temps. Il grimpait sur ce qu’il pouvait pour être devant le sabord et il regardait du matin qu’il était éveillé jusqu’au soir, le moment du coucher, le chargement et le déchargement du navire.

Prendre les repas était même difficile. La toilette, il fallait employer les grands moyens, alors qu’il aimait ce moment à la maison.

Les hommes connaissaient ce petit problème entre mère et fils.

Un jour, à table, la question lui a été posée de savoir ce qu’il ferait plus tard. Il avait pris au moins deux années. Il a répondu qu’il voulait être grutier. Mais un vrai grutier, a-t-il précisé. Celui s’occupait de sa grue après le travail. Celui qui était capable de l’entretenir, de la réparer. Comment avait-il pu imaginer tout cela, perché qu’il était devant le sabord. Il n’avait jamais discuté avec un grutier.

Il a encore grandi et un jour il a annoncé à sa mère qu’il serait conducteur routier. Tout ce qu’elle a trouvé comme arguments négatifs elle lui en a fait part et ce, à chaque fois, qu’il en parlait.

A dix ans, peut-être pour avoir la paix, il l’a rassurée en annonçant qu’il ferait le rail.

Les parents discutaient entre eux. Ils étaient d’accord sur le fait qu’un métier doit être choisi et aimé.

D’où un gros embarras à chaque discussion avec leur fils.

A la fin de la classe de troisième, leur fils a demandé à aller à la porte ouvert des métiers. Avec grande joie ! Il allait, enfin, se trouver confronté avec des entrepreneurs, des artisans, enfin tous les corps de métiers représentés.

Et un samedi matin, ils sont partis tous les trois au collège qui avait ouvert ses portes à ce forum. Arrivés dans le hall, les parents ont eu la surprise d’entendre leur fils leur dire : je vous emmène là. Il montrait un panneau sur lequel le nom de l’entreprise ainsi que le nom du dirigeant reprenant l’affaire derrière son père étaient inscrits.

Ils ont essayé de discuter. De lui dire qu’ils désiraient, eux, par curiosité, pouvoir discuter avec … Mais non, il n’a pas cédé. A la fin de l’entretien, les parents ont remercié ce patron d’une société de transport. Il avait réussi à faire passer le message que routier, c’est bien, qu’il l’avait choisi lui aussi ce métier, mais qu’il fallait penser aussi au moment où l’âge peut se faire sentir par la fatigue accumulée. Que donc, il fallait penser à avoir une porte ouverte en grand sur les métiers de la route.

Lui, conseillait de passer le BAC et de faire ensuite un CAP.

Il ne connaissait pas l’enfant.

Les parents étaient un peu rassurés. Il faut croire qu’on ne les connait jamais à fond, les enfants.

Il s’est inscrit au lycée, mais professionnel, après des discussions à n’en plus finir. Bizarre, même l’internat ne le rebutait pas.

Sa mère, en allant le rechercher le premier vendredi soir, a vu « son petit garçon » de quinze ans rentrer  au lycée, au volant d’un poids lourd,  après un après-midi de conduite avec des camarades.

A dix sept ans, il avait tous les permis, même s’il n’avait pas encore le droit de conduire.

Et il a continué ses études en exploitation.

Ce qui ne l’a pas empêché de conduire un quarante quatre tonnes pendant ses études puisqu’il a préparé un voyage caritatif pour la Roumanie.

Depuis, il a conduit sur route, comme il le désirait tant.

 Il a fondé une famille et il a su faire passer sa famille avant sa passion. Quoique, rien à faire pour le faire décrocher, il le tient le volant et il aime ça, mais plus sur route.

Merci

                       

 

 

 

                                                                               

 

 

 

 

Vos commentaires m’ont été droit au coeur.

Certains d’entre vous le savent, je suis plus dans l’oralité que dans l’écrit.

Je voudrais vous faire comprendre comment cette histoire de vie  « La Porte du Jardin » est née.

Il a fallu du temps et un jeudi soir, je suis arrivée en atelier conte avec une grosse ébauche dans ma tête.

Au fur et à mesure que je racontais, je voyais les yeux de notre maître de stage d’alors devenir très foncés alors qu’elle les a si clairs, ses yeux bleus. Je me demandais quelle catastrophe je faisais renaître (je l’ai su, plus tard. On a tous quelque chose qui nous rapproche tant).

Lorsque j’ai eu terminé, elle m’a juste demandé ce que je voulais en faire.

A cette époque, je n’avais qu’une idée en tête : la donner.

Elle a demandé pourquoi. La réponse a fusé très rapidement. Je désirais que les mères qui se trouvaient dans cette douleur puissent y trouver un écho et peut-être aussi un apaisement.

Alors m’a-t-elle dit, il va falloir travailler pour que ce ne soit plus seulement ton histoire et tu sais ce que cela veut dire.

Oui, je pensais le savoir, et oui, je savais que j’allais souffrir encore un peu plus.  Mais je ne pensais pas que ce serait autant. J’ai dû supprimer  tellement de mes ressentis  que j’avais l’impression de me dépouiller un peu plus à chaque fois pour arriver au résultat que vous avez lu.

Mais, il m’était impossible de la donner en public cette histoire de vie. Je trouvais toujours un prétexte.

Il a fallu un nouveau coup du sort subit par une toute jeune amie pour qu’elle sorte en quelques jours.

J’avais prévenu l’organisateur que c’était une histoire de vie et qu’elle n’était pas spécialement gaie mais que je la pensais pleine d’espoir  quand même.

A la fin, je tremblais comme une feuille mais j’avais gagné, je me demande en quoi, même encore maintenant.

J’avais réussi à ne pas pleurer. Un conteur doit faire ressentir ses émotions sans les montrer. Cette phrase, je la connais par coeur depuis que j’ai franchi la porte du conte.

L’organisateur m’a foncé droit dessus et m’a étourdie de questions : As-tu senti la salle ? As-tu senti ce silence incroyable ? As-tu senti cette attention ? As-tu … Je ne sais plus combien il y a eu de questions mais pendant que je l’écoutais je me suis demandée quelle catastrophe j’avais déclenchée lorsqu’il a terminé en disant : tu te rends compte de ce que tu as fait, de ce que tu as donné ?

A ce moment là, j’étais une serpillère, j’avais l’impression que j’allais tomber. Je n’avais plus qu’une hâte, rentrer chez moi, me serrer dans des bras accueillants et boire un Unicum (une boisson avec une croix rouge qui vient de Hongrie).

Croyez-vous qu’il a trouvé le moyen d’ajouter : nous allons dîner tous ensemble, tu viens avec nous ?

La douleur de mon amie m’avait portée. Je pensais à ses deux petits garçons qu’elle allait devoir mener à leur vie d’homme, elle aussi, comme ma belle-fille.

Je crois que jamais plus je ne donnerai cette Porte du Jardin en oralité. Je ne me sens plus du tout capable de le faire.

Pourtant les années se sont ajoutées aux années. Pourtant, j’ai acquis un peu plus de sérénité. Pourtant, un jour, j’ai pu VOIR un ciel dans toute sa beauté. Pourtant je me suis mise à penser qu’il serait bon de voir mes petits enfants devenir des hommes eux aussi.

Mais cette année, il a fallu que ce mois de juillet  me pousse à publier, sans rien changer, cette histoire de vie.