entre brume et soleil

ombres et lumièresjpg

                  dessin Adamante

 

 

 

Le carreau glacé miroite au soleil.

Deux oiseaux se réchauffent.

Ils  observent en silence ce paysage bleuté, étrange, flou, 

Délimité par  des arbres de brume,

Pas encore touché par la lumière

Dans lequel  une patineuse légère tournoie

Entraînée par la musique du kiosque

Et  se faisant face,

Une femme à deux visages, un blanc, l’autre noir

Et  le masque des ténèbres.

 

Le début du conte

 

Conter, tout au moins pour notre petit groupe, c‘était une grosse envie mais sans vouloir en faire un métier.

On nous a dit que ce n’est pas chose facile pour tout le monde, qu’il fallait se former et qu’ensuite nous pourrions « affronter » le public. J’emploie ce mot avec intention car, c’est ce que nous ressentions. Vous savez, cela a été, pour nous, comme si nous passions un examen. La différence c’est qu’il n’y avait pas un examinateur, mais une trentaine.

Nous ne nous attendions pas à conter à la fin du premier stage. Pour nous c’était juste un apprentissage. Nous n’avions pas encore entendu l’adage : on devient conteur en contant. Oui mais devant un public !

Je tremblais comme une feuille lorsqu’est arrivé mon tour. Je n’aurais pas pu tenir debout. Heureusement que la maître de stage avait prévu : la chaise était là.

Malgré ce trac incroyable, le petit groupe s’est revu et a décidé de se revoir et de conter comme nous pourrions, où nous pourrions.

Et nous avons continué, comme cela, pendant dix-huit mois, avant de prendre la décision de créer une association.

Notre siège social a été déclaré dans la ville centrale qui nous réunissait toutes.

Une salle nous a été prêtée mais pas très longtemps car on trouvait les conteuses trop bruyantes. Oui, oui, ils ne savaient pas que les conteuses parlent et même beaucoup.

Les réunions se sont donc faites chez les unes et les autres.

Lorsque nous avons décidé de continuer à nous former, tout de suite après la création de notre association, le groupe a fondu rapidement. 

Nous ne sommes plus que deux conteuses plus notre trésorière qui était conteuse, elle aussi, au début, jusqu’à la naissance de son premier fils. Dommage, elle me manque toujours dans le conte car, avec son petit air de ne pas y toucher; elle faisait passer tellement de choses.

Je dis souvent que le conte est un ogre. Il dévore nos jours et à cette époque, souvent nos nuits. Cela lui arrive encore.

Mais comment lutter contre ce travail qui se fait et doit se faire dans nos têtes et même bien plus profondément.

Au début, nous voulions les accumuler. On ne savait pas que, bizarrement, certains seraient évacués et que d’autres se mettraient en veille pour attendre des années avant d’avoir envie de ressortir.

Ils attendaient sagement que la vie nous apprenne à les voir autrement, à les ressentir autrement pour pouvoir les donner pleinement.

Pour le moment, et pour moi, ils n’ont pas été écrits.

Il m’arrive d’aller repêcher, rechercher dans ma mémoire, de tirer sur le fil des images et hop des morceaux de phrases, des mots arrivent … le conte se déroule.

Combien de fois, pendant le travail du lundi avons-nous dit : impossible, je ne me souviens pas. A ces moments là, c’est un peu panique à bord !

C’est impressionnant une image qui arrive et qui demande des mots. C’est magique.

 

Nini regarde la télévision.

 

En ce moment la porte fenêtre étant ouverte, lorsqu’elle entre au salon, Nini jette un coup d’œil à la télévision, si celle-ci fonctionne.

Souvent, elle a l’air intéressée. Elle s’arrête, s’assoit et regarde la télévision.

Mais oui, elle est comme tant d’autres chats ou chiens, cela lui arrive de faire comme nous. A chaque fois cela nous fait rire.

N’empêche qu’au moment de son repas, la voyant dédaigneuse, je me suis dit qu’elle est comme les enfants : elle regarde la pub et du coup, veut ce qui est proposé par la télé et en ce moment c’est du Félix. Oui mais je n’ai pas de Félix à lui offrir, elle n’a droit qu’à des croquettes de chez le vétérinaire.

Dédaigneuse … nous avons trouvé pourquoi. Il ne faut pas que les mains qui la servent sentent l’orange !

Pauvre Nini.

Pauvre Nini, c’est vite dit. Ses croquettes sont des spéciales « ligne ». Lorsque je vois son ventre, cela me fait bien rire !

Il faut dire que la coquine se met à table sitôt qu’elle a attrapé une proie et elle ne fait pas dans le détail ! Ce sera aussi bien une souris qu’un pigeon ou un beau petit lapin.

Ce qui ne l’empêche pas de venir réclamer ses croquettes !

Je sais que certaines d’entre vous vont frémir mais dites-vous que, si elle les attrape c’est que ces proies sont faibles et vouées à la mort quoi qu’on fasse.

De plus, un soir, mon mari lui a donné le fond de la coupelle de fromage blanc qu’il avait mélangé à de la confiture de fraises. Maintenant, c’est la rigolade car lorsqu’elle entend mon époux se lever, prendre une coupelle et faire sa préparation, vous la voyez arriver à toutes pattes, la queue en l’air ! Elle peut être n’importe où dans la maison ou même dehors, elle sait.

Oui mais … un jour, il a mis de la confiture de mirabelles et là elle est partie !

Un autre soir, il a mis de l’abricot. Elle a goûté et est revenue.

Depuis, elle a appris à apprécier la mirabelle.

Si elle trouve qu’il ne finit pas assez vite son dessert, elle rouspète. 

Comment voulez-vous qu’elle garde la ligne avec un régime pareil !

 

Ce matin au jardin.

 

Hier soir, l’orage a grondé. La pluie est tombée. Une fois assez fort, puis plus doucement dans la nuit. Enfin, c’est ce que j’aie entendu.

Ce matin, la température avait chuté ?  … Non, c’était seulement le ressenti car il y a eu des matins bien plus frais. La différence, le soleil était là et chauffait rapidement l’atmosphère alors que ce matin le ciel était gris.

Toujours est-il que mon mari et moi étions au jardin et que, d’un seul coup, j’ai entendu : as-tu vu les pommes de terre, elles frissonnent non elles tremblent de froid !

C’était vrai qu’on pouvait les voir frissonner. ¨Peut-être voulaient-elles se débarrasser des gouttes de pluie qu’elles avaient encore sur leurs feuilles.

Comme j’avais remis un pull un peu plus chaud que ces derniers matins, j’ai fait la relation et j’ai éclaté de rire.

Et alors … on peut être légume et montrer son ressenti, non !

 

 

Un rendez-vous manqué

 

Mon amie conteuse a été sollicitée en janvier pour intervenir le dimanche 8 avril, en après-midi.

Heureusement, la vie de Saint Berthauld nous est connue, d’autant plus qu’elle est liée à celle des deux saintes de notre village : Olive et Libérette.

Mon amie a fait des recherches plus approfondies, quoique … elle ne voulait pas que ce soit trop long surtout après un conférencier historien. Elle m’a demandé de l’aider à construire.

Pour cela il n’y qu’à prêter son oreille et réagir. Pas si simple qu’il y parait.

Nous nous y sommes attelées tous les lundis après-midi.

Pour la Journée Mondiale du Conte qui a toujours lieu vers le 20 mars, la légende était prête et bien que ce ne soit pas prévu au programme, elle l’a donnée dans notre village.

Le Prince Albert de Monaco a fait une petite visite dans le village de Chaumont (Le Mont Chauve) à l’occasion de la remise en état de la Chapelle, quelques jours plus tôt.

Mon amie commençait à stresser sérieusement. Je lui avais dit que j’irais l’écouter. Je sais qu’une présence amie est rassurante.

Le dimanche 8 avril est arrivé. Mon époux m’a proposé de m’accompagner et nous sommes partis confiants.

Demande de renseignements prise, sur la salle communale, auprès de jeunes : 400m. Nous avons donc activé le train 11 (les jambes, vous connaissez ?). Le temps était beau, pas de problèmes. Arrivés sur le lieu, pas de voitures.

 Nous continuons à avancer, rencontrons un homme et il nous fait aller jusqu’à la salle polyvalente. Toujours pas de voitures.

En revenant vers lui, je lui ai demandé la salle paroissiale, on ne sait jamais.

Vous vous doutez du résultat : rien, pas de voitures.

Nous avons fait le village en long en large et en travers ! Le nombre de pas que je dois faire dans la journée a été atteint rapidement.

Du coup, comme il y avait longtemps que nous étions allés à la Chapelle nous avons fait la promenade. Enfin, il faut faire le chemin du pèlerinage comme une promenade car pour moi la pente est rude maintenant.

C’est vrai qu’elle a bien changé d’aspect cette petite Chapelle. Dommage que comme tous les lieux saints elle soit fermée.

Nous avons donc profité du lieu et du paysage qui est tellement beau.

Mon époux voulait rentrer par le village de Remaucourt mais la voiture a pris à droite au lieu de gauche.

Si seulement elle avait bien voulu prendre le chemin demandé, nous aurions trouvé des voitures !

La racontée avait lieu dans ce village qui est détenteur d’une fontaine qui a pris naissance lorsque les deux sœurs ont décidé de rejoindre la petite communauté et qu’elles se sont trouvé séparées. Mais cette histoire fait partie de la légende de Sainte Olive et Sainte Libérette.

Nous avions trop parlé du grand saint !

 

 

 

Un prénom

 

Pas un prénom genre le prénom de la cour de récré de la maîtresse madame Jill Bill, non, juste un prénom normal.

Le mien m’a été donné par hasard ou presque.

Je suis née à sept mois et j’ai souvent entendu que j’avais été installée dans du coton, dans une boîte, pour que je n’aie pas froid.  En plus, j’ai été ondoyée par précaution !

A la guerre comme à la guerre. D’ailleurs, c’était la guerre.

Mon papa était en Allemagne. On était venu le chercher, dans les premiers, là où il travaillait.

Il a réussi, allez savoir comment, à rentrer en France après ma naissance avec une autorisation portant les dates de départ et de retour.

Le retour … il l’a oublié. Je me souviens de ce papier qui avait été gommé et gommé, encore et encore, jusqu’à devenir transparent. Il y avait pratiquement un trou à la place de la date de retour. Papa « a pris le maquis » comme on disait et la petite famille était recherchée.

Donc, à ma naissance, maman était dans le lit et c’est ma grand-mère qui est allée me déclarer à la mairie.

Il faisait froid, il avait neigé. Elle avait mis ses sabots et posé un gros châle sur ses épaules.

Lorsque, tout essoufflée par la marche, elle est arrivée à la mairie, et je peux dire qu’il y a une grande trotte à faire, l’employée l’a félicitée pour cette naissance, comme si c’était elle qui venait d’accoucher, et lui a demandé le prénom de la petite fille.

Là, il y a eu un grand blanc !

Ma grand-mère a dit : Je ne sais pas trop, on n’a pas eu le temps d’en parler. Lorsqu’elle était petite fille, ma fille disait toujours : si un jour j’ai une fille, je l’appellerai Josette. Alors, notez ce prénom.

 

Maman, lorsqu’elle voulait se moquer et me fâcher un peu, m’appelait Joséphine. Elle attendait ma réaction pour me dire que Joséphine était impératrice. Tu parles ce n’est pas pour cela que j’aimais !

Un prénom est un prénom. Je n’ai jamais cherché à savoir si je l’aimais ou non. C’est le mien, c’est tout.

Je n’en ai qu’un, enfin quand je dis cela … Un pour l’état civil : Josette.

Mais j’ai un prénom de baptême : Claudine, ce qui interpelle une amie.

J’ai fini par savoir, un jour pas fait comme un autre, que Maman aimait beaucoup un roman de Colette et que ce prénom venait de là.  Allez savoir, si elle m’avait déclarée … je me pose encore la question : lequel des deux prénoms aurais-je eu à l’état civil ?