entre brume et soleil

ombres et lumièresjpg

                  dessin Adamante

 

 

 

Le carreau glacé miroite au soleil.

Deux oiseaux se réchauffent.

Ils  observent en silence ce paysage bleuté, étrange, flou, 

Délimité par  des arbres de brume,

Pas encore touché par la lumière

Dans lequel  une patineuse légère tournoie

Entraînée par la musique du kiosque

Et  se faisant face,

Une femme à deux visages, un blanc, l’autre noir

Et  le masque des ténèbres.

 

Klaus

Pour la cour de récré tenue par la maîtresse Jill Bill, Klaus est prêt à faire sa rentrée 

 

Klaus

C’est décidé

La porte est close

Tu ne pourras pas entrer

Venir flairer

Ce qui se passe en cuisine

Klaus

Tu es trop gourmand

On ne peut pas dire de toi

Quel tas d’os

Klaus

Quelle habitude

Tu as prise

Quand je ne suis pas là

De te soulever

Sur tes pattes arrière

Sur la table de poser

Ton nez

La langue tirer

Et hop l’os

Attraper

Klaus

Tant que de bonnes habitudes

Ne seront pas prises

La porte de la cuisine

Restera close

 

 

Edur

 

Edur arrive un peu en retard dans la cour de récré. La faute au temps qui passe trop vite ! Mais si la maîtresse, madame Jill Bill, veut bien l’accepter, il sera heureux de partager ses petits plaisirs ou ses petits chagrins avec ses camarades.

 

Edur est dur de la feuille. Ce qui ne l’empêche pas de tendre l’oreille à certaine heure du jour.

Quand il entend la poule caqueter, il sait qu’il peut aller au poulailler et que l’œuf qui est arrivé sera dans son coquetier ce soir.

Il se régale déjà.

Pas besoin de faire un repas gastronomique pour se régaler.

Edur sait entendre l’oiseau arriver. Il aime l’entendre chanter.

Un jour, il a même entendu deux oiseaux pleurer.

Quand il en a parlé, on lui a dit qu’avec sa surdité il ne pouvait pas entendre ça et qu’il racontait n’importe quoi … des histoires à dormir debout ! Il était tout triste qu’on ne l’ait pas cru.

Pourtant Edur sait ce qu’il a vu. Derrière la haie, deux oiseaux se parlaient, se désolaient devant le petit corps de leur petit.

Il sait bien, lui, Edur, qu’ils pleuraient.

On peut être sourd mais avoir un cœur si grand qu’on entend même un tout petit bruit lorsqu’il vous remue les tripes.

Edur est juste un petit gars de la campagne qui sait aimer, voir et entendre ce qui le touche.

De toutes petites choses qui semblent tellement anodines.

 

La rentrée est faite, maintenant il y a la suite.

pour donner l’envie de lire aux enfants

 

Je vais essayer de vous décrire un peu l’ambiance autour de moi pendant cette heure qui devrait être une heure de récré dans la cour, après la cantine,  mais qui se retrouve être une heure de récré dans le CDI. Enfin, je pense que c’est un peu la récré.

Je dirai même que les quatre, car maintenant, il y a un garçon, sont peut-être plus à rire et échanger que dans la cour, tout au moins autrement.

Donc, comme j’avais dit, je devais avoir un garçon qui n’est pas venu.

Le mardi suivant, 13 heures, j’ai dis bonjour, j’ai pris les clefs et rempli le classeur des personnes « étrangères » au collège.

J’attends devant le CDI en pensant que les « filles » sont encore à la cantine.

Qui vois-je arriver ? Le garçon de l’année dernière, celui qui était arrivé en février.

Il venait me dire bonjour. Conversation engagée.

Comment se passe cette rentrée ? Un petit ça va, en réponse,  suivi de : je peux revenir ?

Arrive en courant et se léchant les doigts, la puce du groupe rapidement suivi par la deuxième qui, elle aussi se lèche les doigts. Il parait que la semoule était … hum …, je n’ai pas eu le mot !

Elles ont filé se laver les mains.

La troisième doit manger plus proprement ou s’était passé les mains à l’eau avant d’arriver. Elles ont regardé le garçon avec un point d’interrogation dans les yeux.

Incroyable, dans un si petit collège, les élèves ne se connaissent pas plus que ça.

Il a donc intégré le groupe.

Les filles sont de vraies chipies avec lui. Elles ne voulaient pas s’asseoir à ses côtés. Vous pensez bien que j’en ai fait une partie de rigolade. Mais c’est toujours aussi difficile. Et lui qui leur dit : ne vous affolez pas, je suis déjà en couple !

Vous pouvez imaginer l’ambiance !

Ce gamin est en 4ème et avait encore des difficultés avec la troisième personne du pluriel lorsqu’il est revenu vers moi. 

Je me suis battue l’année dernière avec cette troisième personne du pluriel, avec  tous.

Cela a l’air de venir maintenant. Je verrai cela en fin d’année.

Il parait que, maintenant, les enfants ne font plus de grammaire ! Il faudra que je vois cela avec une institutrice.

Une des filles est un vrai boisseau de puces ! Rien à faire pour la faire tenir en place et en plus … elle parle comme un moulinet !

Tous les quatre ont vraiment envie de lire avec moi. J’aimerais tellement qu’un jour ils arrivent avec un livre qu’ils auraient choisi et me disent : qu’est-ce que c’est bien, j’aime me mettre dans un coin pour lire tranquillement. Je rêve certainement pour le moment.

En attendant, c’est un pugilat linguiste pour lire. Bientôt, deux des filles vont finir par s’arracher le livre des mains pour lire. Il va falloir que j’instaure un temps pour chaque.

Dire que c’est moi qui devrais lire !

Ce matin, j’ai fini par écrire un peu.

 

Ce matin, j’ouvre l’ordinateur et je vois un commentaire de Martine qui me fait sursauter. Hé oui, sur un article de juin 2018.

Cela m’a fait encore plus prendre conscience du fait que mes écrits sont de plus en plus espacés.

Je ne sais même plus écrire sur un défi ou sur une image.

J’oublie le temps qui passe, le jour a disparu sans que je m’en rende compte et je dis que je n’ai rien fait, ce qui fait sauter le mari.

La faute au temps, la faute à moi ?

En y pensant, là, maintenant, je m’aperçois que mes yeux sont tournés vers la plate-bande devant la maison. Ce sont certainement les trois pieds de « soleil » qui se balancent dans le vent qui m’ont attirée.

Alors comment voulez-vous que le temps ne passe pas vite ?

Il faut dire que ce matin le ciel est bien gris. Mais c’est normal, l’automne s’est installé. Les arbres changent la couleur de leurs vêtements. Le vert commence à faire place au jaune normal, au brun, au roux et même rouge pour les cerisiers. Jaune normal car cet été, les têtes jaunissaient et flétrissaient. Avec la pluie et la baisse de la température, ils ont repris un port altier.

Maintenant, la pluie fait souvent son apparition et c’est une bonne chose pour la terre.

Dommage, pour les pâtures c’est un peu tard. Même si elles ont bien reverdi, l’herbe ne poussera plus beaucoup, la chaleur a disparu.

Mon jeune voisin a déjà rentré quelques bêtes et ce ne sont pas des futures mères ou des malades. Non, c’est juste la nécessité d’épargner les sols.

Il y a déjà un moment que tous portent la nourriture en pâture.

Dire que normalement elles ne rentrent que fin novembre et parfois même en décembre quitte à porter quand même de la nourriture. Elles savent très bien appeler quand elles pensent que le moment est venu pour elles de rentrer.

 

Ça y est, ma rentrée est faite.

 

pour donner l’envie de lire aux enfants

 

Deux jours après la rentrée des classes, j’étais contactée pour un rendez-vous avec le CPE du collège à quelques kilomètres de chez moi.

Nous nous sommes rencontrés jeudi dernier et mardi j’ai fait connaissance avec trois jeunes filles de sixième. Un garçon était prévu mais … je ne l’ai pas vu. Peut-être sera-t-il là la semaine prochaine.

Elles savent, maintenant, ce que sont des virelangues. Il ne me restera plus qu’à en préparer au fur et à mesure de mon écoute afin de leur permettre une bonne prononciation. Elles ont appris que c’est souvent difficile mais très amusant.

Elles verront aussi que cela fait travailler la mémoire. J’ose dire cela moi qui n’en ai plus !

Nous avons beaucoup échangé et peu lu.

Toutes trois sont capables de lire mais la compréhension … c’est un peu plus difficile.

Il va falloir qu’elles intègrent la ponctuation. L’année dernière, je me suis rendu compte combien c’est difficile, donc cette année ce sera fait aussitôt et dans la bonne humeur.

Je sais que ce n’est pas tellement le fonctionnement de Lire et Faire Lire mais je les fais lire à haute voix. Je veux qu’elles s’entendent lire.

D’ailleurs, tout de suite, cette année, une, en m’entendant dire non à la fin d’une phrase, est revenue en arrière. En relisant, elle a lu le bon mot et m’a dit que si elle avait lu normalement, elle n’y aurait pas fait attention.

Cela ne m’empêche pas de lire aussi et même de conter.

Allez, je sens que je vais, encore, passer une bonne année. Elles aussi, j’espère !